D’un oiseau qui se tient caché dans les branches

D’un oiseau qui se tient caché dans les branches
On aimerait apprendre le délicieux ramage
Comme des loups en chœur les appels déchirants
Au lieu de crier avec une gorge si creuse
Inapte à produire cette musique native
Qu’inspirent aux bêtes l’allégresse et la faim.
Sans prétendre égaler leurs prouesses vocales
Non corrompues par le désir d’auditoire
Qui fait de l’homme une créature si vaine
Comment chanter sur un registre moins pauvre ?
Nous n’aurons eu d’autres outils que les mots
Auxquels demander plus qu’ils ne savent faire
Conduit à désespérer de leur usage
Mais ils demeurent nos maîtres en toute chose
Puisqu’il faut en passer par eux pour se taire,
Qu’instruire leur procès serait perdre le nôtre
Et qu’à tant de haine s’allie la dévotion
Toi dont rien ne dit que tu vives sous ce nom
Samuel, Samuel !
Est-ce bien ta voix que j’entends ?
Comme des profondeurs d’un tombeau
Renforcer la mienne aux prises avec les phrases
Ou faire écho à sa grande indigence
Bon génie qui semble le démon en personne
Je n’en saurai guère plus long sur ton compte
Sauf qu’atteint par la maladie du langage
Celui que tu tiens ne peut m’en guérir
Mais l’effroi, mais les vérités les plus sombres,
Toi qui n’es qu’un nom,
Trouve la force de les dire !

Louis-René des Forêts, “D’un oiseau qui se tient caché dans les branches”
Poèmes extraits des Poèmes de Samuel Wood, édités chez Poésie / Gallimard
Louis-René des Forêts est un écrivain français, né à Paris en 1918, mort le 30 décembre 2000.

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Si la honte le fait se retourner la nuit,

Chercher le sommeil pour cacher son visage

C’est qu’il voit avec les yeux de la conscience

Celui qu’on disait un garçon intraitable

Revenir juger l’homme qui l’a trahi.

Plutôt plaider coupable qu’en guise de défense

Se prévaloir d’une sagesse acquise.

Le chemin qui va d’hier à aujourd’hui

Semble obscur parfois et si plein de détours

Qu’il n’est guère aisé de s’y reconnaître

Non plus que d’en justifier le parcours

Auprès d’un enfant qui le commence à peine.

Il a beau trembler chaque nuit davantage,

Le cœur n’a pas perdu sa jeune fierté.

Oublie ses défaillances, pardonne-lui

D’avoir tant de mal à battre sans avoir peur

De l’ennemi qui est dans la place et le guette.

Que vienne le jour l’en délivrer, qu’il vienne

Adoucir ce regard d’ange justicier

Où se reflète sa sainte colère d’autrefois

Tournée contre soi infidèle à l’enfance

Et déjà soumis avant même de se rendre. »

Louis-René des Forêts

Poèmes de Samuel Wood

Fata Morgana, 1988