Trompeur trompé (Isaac)

“Isaac. Isaac, lui, fut et ne fut pas appelé. Plus incertain encore que la persécution (quand tu sais qu’ils te poursuivent, tu es déjà foutu, tu es le bélier piégé entre les branches), il y a le fait d’être trompé par l’appel. Tu es trop bête pour savoir si ton nom a vraiment été appelé. Te voilà ridicule. Tu es tout prêt à répondre présent, tout prêt à te sacrifier, mais au dernier moment tu es remis à ta place, laissé pour compte. Il s’avère qu’on n’a pas besoin de toi. Un animal, une bête, fera l’affaire. Ton affaire. Cet appel, cet appel qui te dit que c’est bien toi l’unique, que l’élection est dans le sac – tu te prépares à l’avoir, et tu te fais avoir : trompeur trompé. Tu ne sais même plus si l’intention était de te punir ou de te récompenser. Ton père répond à l’appel et tu en hérites avec toutes les interférences qu’on pouvait en attendre. Tu hérites d’un fardeau – le sien – que tu te crois capable d’alléger. Tel un complice muet, tu continues à obéir aux ordres, au mieux à collaborer. Avec ton père. Pendant la longue marche, pendant qu’il se prépare, lui, à t’abandonner, tu ne peux dire, ni trancher : tu ne parviens tout simplement pas à décider si, t’ayant jeté hors de chez toi, cet appel te bénit ou te maudit.”

Kafka, Lettre à Robert Klopstock, juin 1921, in Œuvres complètes, vol. III, trad. Marthe Robert, Claude David et Jean-Pierre Danès (Gallimard, 1984)

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The Moment I Lost my Bio Family

Les adoptés en général n’ont pas eu d’autre choix que d’être aphasique par le simple fait qu’on nous a littéralement coupé le sifflet!! (le souffle). C’est un sujet à part entière que celui-là. Personnellement, j’ai eu une expérience d’aphasie étant petite et je pense que c’est lié au traumatisme de l’abandon.

Rachels Birth Family Search

In reconnecting with my bio family last May, I had to process a lot of intense realities. One was the idea that at one point–one epic moment in time, when I was literally in physical transition from the hands of my bio family to the arms of my adoptive family, there was a transitional moment where I was utterly and completely alone. A single little baby– without a family, without a home, armed with only the clothes on my back. At this solitary moment, I was an orphan. Somewhat destitute and on my own. This cosmic moment in time is something that all adoptees share. It’s not something I ever dwelled on. And yes–one could actually say that at that transitional moment, I actually had two families, so double the love and all that. Which was also absolutely true. But on the other hand, quite literally at that transfer moment, I was at square one. Alone. Helpless and penniless with…

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