Trompeur trompé (Isaac)

“Isaac. Isaac, lui, fut et ne fut pas appelé. Plus incertain encore que la persécution (quand tu sais qu’ils te poursuivent, tu es déjà foutu, tu es le bélier piégé entre les branches), il y a le fait d’être trompé par l’appel. Tu es trop bête pour savoir si ton nom a vraiment été appelé. Te voilà ridicule. Tu es tout prêt à répondre présent, tout prêt à te sacrifier, mais au dernier moment tu es remis à ta place, laissé pour compte. Il s’avère qu’on n’a pas besoin de toi. Un animal, une bête, fera l’affaire. Ton affaire. Cet appel, cet appel qui te dit que c’est bien toi l’unique, que l’élection est dans le sac – tu te prépares à l’avoir, et tu te fais avoir : trompeur trompé. Tu ne sais même plus si l’intention était de te punir ou de te récompenser. Ton père répond à l’appel et tu en hérites avec toutes les interférences qu’on pouvait en attendre. Tu hérites d’un fardeau – le sien – que tu te crois capable d’alléger. Tel un complice muet, tu continues à obéir aux ordres, au mieux à collaborer. Avec ton père. Pendant la longue marche, pendant qu’il se prépare, lui, à t’abandonner, tu ne peux dire, ni trancher : tu ne parviens tout simplement pas à décider si, t’ayant jeté hors de chez toi, cet appel te bénit ou te maudit.”

Kafka, Lettre à Robert Klopstock, juin 1921, in Œuvres complètes, vol. III, trad. Marthe Robert, Claude David et Jean-Pierre Danès (Gallimard, 1984)

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Ceux dont on ne voulait pas

Poursuivre encore et encore avec le dit phénomène en apprenant à coudre avec une main les modèles rêvés le soir en s’endormant et oser se dire qu’à la fin du monde, il restera bien quelque chose, de ceux dont on ne voulait peut-être pas quand ils sont nés…