La vérité mène à l’exil

La vérité mérite quelque confiance : si, lorsque je vais vers toi, je suis un nageur, il me semble, quand je reviens, que je suis un naufragé. Si tu m’en crois encore, la route, à mon départ, me paraît facile ; elle oppose à mon retour comme une montagne d’eau stagnante. C’est à regret, qui pourra le croire ? que je revois ma patrie. Oui, c’est à regret que je vis maintenant dans ma ville. Hélas ! pourquoi, puisque nos cœurs nous unissent, les ondes nous séparent-elles ? nous n’avons tous deux qu’une âme, pourquoi n’avons-nous pas qu’une patrie ? Ou que ta Sestos m’adopte ou toi mon Abydos. Ton pays me plaît autant qu’à toi le mien. Pourquoi suis-je en proie à l’agitation, toutes les fois que la mer est agitée ? Pourquoi le vent, cet obstacle si léger, peut-il en devenir un pour moi ?

Ovide – “Les Héroïdes” – Epître 18, Léandre à Héro

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